Le catalogue des porcelaines Pouyat : une démonstration d'excellence

Les billets patrimoniaux

Les Pouyat : un parcours exemplaire

La manufacture de porcelaine Pouyat fut l'une des plus puissantes fabriques de Limoges sur le plan industriel mais aussi l'une des plus prestigieuses sur le plan artistique.

En 1860, l’entreprise compte 500 ouvriers, 5 fours au bois en fonctionnement et un sixième, à la houille, en construction. Un tiers de la production est exporté, principalement vers l’Amérique, plaçant l’entreprise en deuxième position derrière la manufacture Haviland.

La famille Pouyat fait figure d'exemple à plus d’un titre :

  • elle est présente depuis la découverte du kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche
  • elle possède les trois phases de la production
  • elle innove dans ses choix techniques aussi bien que dans ses options artistiques
  • elle collectionne les distinctions au niveau international.

 

Le renouveau artistique et technique de la porcelaine dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Mine de Bosmoreau

Supplantant le bois devenu trop cher, l'utilisation du charbon comme combustible dans les fours à porcelaine se développe considérablement à la fin du XIXe siècle (voir à ce propos la Réponse à la lettre publiée par les fabricans de porcelaine sur la Taxe des bois : extrait du registre des délibérations du Conseil municipal de Limoges, séance du 7 juin 1836 ). Ce dernier possède en effet un pouvoir calorifique bien supérieur au bois et permet de diminuer de manière significative les coûts de cuisson. Mais son approvisionnement depuis les bassins miniers du reste de la France est long et coûteux. Certains porcelainiers cherchent donc à s'approvisionner en charbon dans les mines de la Creuse : Émile Pouyat fait figure de précurseur en décidant d'exploiter, dès 1854, la houille de Bosmoreau-les-Mines.

La fin du XIXe siècle est aussi très importante sur le plan artistique pour la porcelaine de Limoges. Certaines techniques de décoration, réputées  difficiles et onéreuses, sont perfectionnées. C’est le cas de la méthode des « jours cloisonnés », dénomination limougeaude du « grain de riz » chinois, que la maison Pouyat porte à son apogée. Ou encore de la technique complexe de « pâte-sur-pâte » ou « décor à la barbotine » brillamment développée par la manufacture (on la retrouve sur le modèle de la soupière ovale en deuxième page du catalogue).

 

De nouveaux modes de publicité

La seconde moitié du XIXe siècle voit également apparaître plusieurs phénomènes qui jouent un rôle décisif dans l'essor du commerce. C’est d'abord le développement de la publicité à une plus grande échelle via les journaux de grande diffusion. Ce phénomène se remarque en particulier aux États-Unis. C'est d'ailleurs dans les journaux américains que les porcelainiers limougeauds ont le plus recours à la publicité. Si la manufacture Haviland est l'une des premières à l'utiliser, l'entreprise Pouyat lui emboîte le pas. Les annonces de cette maison vantent la qualité, la blancheur, la solidité et le luxe exceptionnels des pièces de la manufacture, dont certaines sont reproduites en illustration. Parallèlement à ces pratiques se crée un phénomène nouveau : celui du catalogue de vente qui offre un panorama complet de la production à l'acheteur.

 

Le catalogue de porcelaines Pouyat  : un objet V.I.P.

Seuls trois catalogues de la manufacture Pouyat sont parvenus jusqu'à nous, bien qu'il ait dû en exister beaucoup plus. Le catalogue conservé à la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges est non daté mais  semblerait avoir été réalisé  dans les  années 1880-1890. Il se compose de 52 planches  non paginées, illustrées d'héliogravures collées sur papier épais de grand format. Le tout relié en cuir de maroquin  et fermé par des liens de coton. Sur les planches photographiques, les pièces sont rangées par service sans  aucune légende ni texte d’accompagnement. Les photographies sont en plan serré,  les tirages sont soignés.

Service mousseline de la fabrique PouyatOn y voit les pièces les plus célèbres de la manufacture dont le fameux service dit Grain de riz, le service Neige, le service Mousseline mais aussi le spectaculaire service Cerès (dit « aux Echassiers ») dont l'unique exemplaire est exposé au musée Adrien Dubouché de Limoges.

L’impression sur papier épais, la qualité des reproductions, la reliure en cuir et le soin général apporté à la présentation en font un objet vraisemblablement destiné à une diffusion réduite. Il peut s’agir d’une sorte de répertoire des formes et des décors prestigieux de la manufacture. En effet, la majorité des modèles présentées ont été primés au cours des nombreuses expositions universelles auxquelles la manufacture Pouyat a participé.

Ce catalogue devait s’adresser à une riche clientèle susceptible de commander directement à la manufacture des modèles « sur-mesure » inspirés des pièces présentées.

Avec le temps, les photos du catalogue ont jauni. Dommage pour un porcelainier dont on admirait les blancs. La version en ligne du catalogue a été donc retouchée pour « accrocher » le regard et laisser deviner la splendeur des pièces présentées. Mais les amateurs d’authenticité pourront retrouver à la fin de cet article quelques photos non retouchées de ce catalogue.

 

Bibliographie :

  • Chantal Meslin-Perrier, La manufacture de porcelaine Pouyat 1835-1912, catalogue d'exposition du musée Adrien Dubouché, RMN (Paris), 1994.
  • Lucie Bernard, Art et Industrie au XIXe siècle: la manufacture de porcelaine Pouyat (Limoges,1835-1912), mémoire de recherche, Ecole du Louvre (Paris), 2014.
  • « Photographie, art et industrie » extrait d' Une histoire de la photographie à Limoges, 1839-1914, Les Ardents éditeurs (Limoges), 2011.

Pour aller plus loin :