Theatrum crudelitatum haereticorum nostri temporis

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Le latiniste aguerri comprendra qu’il ne s’agit pas ici d’un livre de recettes de crudités pour comédiens de théâtre contemporain, mais d’un « Théâtre des cruautés par les hérétiques de notre temps ».

La propagande par l’image ne date pas d’hier, elle connut même son heure de gloire durant les guerres de Religion (16e siècle), une période de graves conflits entre catholiques et protestants. Une époque à laquelle bien peu de gens savaient lire, d’où la force de l’image choc, reproduite et colportée, pour grossir les rangs des partisans de tel ou tel camp.

L’un des plus célèbres de ces ouvrages de propagande est le Theatrum crudelitatum… de Richard Verstegan (également connu sous le nom de Richard Rowlands, 1550-1640), publié en 1587 à Anvers.

L’auteur et graveur londonien, catholique exilé notamment en France et en Belgique, dépeint toutes les horreurs que les protestants (huguenots) ont infligées aux catholiques sur les sol anglais, français et néerlandais. Sans minimiser la violence et la barbarie de certains combats, on imagine aisément, à la vue de ces scènes cauchemardesques, que l’auteur a lui-même imaginé la plupart des supplices décrits, tous plus abominables les uns que les autres.

L’effet de telles images sur les populations catholiques illettrées de l’époque dut être immense : l’ennemi était le diable en personne, il fallait donc le traiter comme tel, et avec la même cruauté.

« Qu’on se rassure », les protestants usèrent des mêmes procédés pour dénoncer et caricaturer les violences catholiques et encourager les représailles à leur encontre...

Il y a quatre siècles, l’image spectaculaire, horrifiante, répugnante, si elle ne représentait pas forcément la réalité des faits (loin s’en faut), était en tout cas le moyen le plus efficace pour manipuler l’esprit des masses et les encourager à la haine et au combat. Cela est-il vraiment très différent de nos jours ?

 

Pôle Limousin et Patrimoine, réserve précieuse, cote V57.