Armide, Tragédie mise en musique par feu Mr. de Lully

Trésor du mois

ArmideArmide, Tragédie mise en musique par feu Mr. de Lully

esc.er con.er secretaire du Roy, Maison Couronne de France et de ses finances, et sur-intendant de la musique de Sa Majesté. Tragédie lyrique en un prologue et 5 actes. - Livret de Philippe Quinault. Gravé par H. de Baussen. - Dessins de Duplessis, gravures de Desplaces et G. Scotin.  À Paris : à l'entrée de la porte de l'Academie royale de musique, 1710.

 

 

Le dernier grand succès de Lully

Armide est la dernière tragédie en musique (5 actes et un prologue) composée par Jean-Baptiste Lully. Composée en 1686, sur un livret de Philippe Quinault, elle est considérée comme le chef-d’œuvre des deux auteurs. Après Armide, Quinault renonce au théâtre et un an plus tard Lully décède. Le sujet est emprunté à la  Jérusalem délivrée, poème épique du Tasse (1544-1595). Il narre l’amour malheureux de la magicienne Armide pour le chevalier Renaud. A l’époque, Lully et Quinault en sont à leur onzième collaboration dans le domaine de la tragédie lyrique. A partir de 1673, date de la création de Cadmus et Hermione, leur première œuvre commune, Lully et Quinault donnent un spectacle presque chaque année. La pièce fut représentée le 15 février 1686 ; Lully est alors tombé en disgrâce auprès du Roi. Ce dernier n’assista pas au spectacle qui fut créé au Palais Royal et non à Versailles, comme à l’accoutumée. La pièce fut saluée d’emblée comme un chef-d’œuvre, et reçut le sobriquet « d’Opéra des Dames », sans que l’on sache pourquoi.

 

Editer la musique au 17e siècle : un monopole

Au temps de Lully, l’édition musicale est sous quasi monopole de la famille Ballard. Celle-ci est en effet dépositaire de la charge d’imprimeur du Roi pour la musique, charge reconduite jusqu’à la fin du 18e siècle. Les musiciens, de leurs côtés, ne bénéficient pas alors d’autant d’avantages. Il leur est souvent difficile d’imposer et de choisir leur imprimeur ; les partitions sont donc souvent manuscrites, et les cas de piratage, ou de contrefaçons sont courants.

 

Le privilège du musicien du Roi

Lully pourtant, protégé du roi Louis XIV, obtient en 1672 le privilège inédit de 30 ans pour l’impression de ses œuvres musicales par l’imprimeur de son choix. Lully collabore donc étroitement avec l’imprimeur Ballard afin d’éditer des partitions fidèles. Ballard, de son côté, propose de présenter les partitions in-folio, permettant une vue synchrone de toutes les parties de l’orchestre.

 

Graver les partitions pour plus de légèreté

L’autre grande nouveauté est la gravure de musique : les partitions ne sont plus typographiées mais gravées. Cette technique apporte plus de souplesse à plus d’un titre. En effet, le développement de l’ornementation dans la musique baroque est difficile à rendre en caractère typographique. L’autre avantage est que les planches gravées peuvent être aisément corrigées entre deux tirages. Enfin, le nombre d’exemplaires peut s’adapter au rythme des ventes. Ainsi paraissent entre 1708 et 1711 les secondes éditions des opéras de Lully notamment grâce à un accord signé avec le graveur Henri Baussen. Celui-ci connait bien l’univers des spectacles lyriques (durant ses jeunes années il fut chanteur chez Mademoiselle de Guise, composa quelques œuvres, avant de se tourner vers le métier de graveur).

 

L’illustration des opéras

Dans la seconde édition sont également ajoutées des vignettes à chaque début d’acte. Une assez grande liberté est laissée aux auteurs. Ils choisissent de représenter soit la mise en scène scénographique, pour en figer le souvenir, soit de réaliser une invention totale. C’est le cas par exemple dans l’illustration de l’acte II : on voit au milieu d’un paysage bucolique Renaud endormi, tandis qu’Armide appelle six amours pour le protéger durant son sommeil. Cette représentation est classique de la peinture d’histoire et directement inspirée de tableaux de l’époque.

 

Référence : RES P.LIM Y44

 

Pour aller plus loin :